Beaucoup m'ont dit attendre le deuxième tome avec impatience. Je les en remercie, cela fait vraiment plaisir. Comme il faut plus de temps que je n'escomptais pour mettre les livres à disposition, voici un petit avant-goût.
Bonne lecture.
Je m’appelle Caroline. J’ai dix-sept ans … pour toujours.
Vous savez à présent ce qui m’est arrivé et si vous êtes encore là, c’est que mon histoire vous a touchés. J’aurais aimé dire que les choses se sont arrangées. Malheureusement, cela n’aurait été qu’un rêve de plus. Je venais de mettre les pieds dans un monde incroyable, à mille lieues de tout ce que j’aurais pu imaginer.
Marc, ce bel inconnu au charme évident, avait-il dit la vérité ? Est-ce que j’allais retrouver un corps et une vie normale ? Ce ne fut par malheur que partiellement vrai.
Dans un sens, ce fut pire encore et j’allais être le déclencheur événements monstrueux.
Voici la suite de mon histoire.
Livre 3 : La Famille
Marc nous conduisit jusqu’à un hôtel. J’avais finalement décidé de le suivre. Lorsqu’il m’avait accostée dans la rue à quelques mètres du commissariat où j’avais décidé de me suicider, ses arguments m’avaient redonné un peu de courage. En réalité, il ne dut pas trop insister. N’importe quelle excuse devenait valable au vu de que j’avais prévu de faire.
Il y a peu, et pourtant il me semblait de cela un siècle, je n’avais pas eu le courage de mettre fin à mes jours, ma mère avait eu raison. Aussi, avoir une justification, même futile, de ne pas aller jusqu’au bout, était suffisant.
Je voulais me rendre à la police, non pour être jugée et condamnée … mais pour mourir. J’avais décidé d’agresser un policier pour forcer les autres à me tuer. Pour déclencher la réaction adéquate, je devais me montrer suffisamment ignoble et cruelle. Je prévoyais d’égorger un agent d’une brutale morsure. Le bien-être que cela me procurerait me ferait oublier le dégoût et surtout, le fait que j’allais mourir. Je ne me souciais alors pas de ce que ma victime pouvait avoir une famille et des enfants, mais lorsque Marc m’offrit une échappatoire, j’étais finalement heureuse de n’avoir pas dû accomplir ce geste.
Il était encore trop tôt pour dire que j’avais repris goût à la vie, d’autant que j’étais morte, mais au moins étais-je curieuse de savoir où cela pouvait me mener. Et je n’imaginais pas pire que l’expérience macabre vécue en compagnie de ma mère.
L’hôtel était sans prétention mais cosy … dans un petit village perdu à quelques kilomètres de la ville. Marc voulait que nous restions discrets … et il ne pouvait en être autrement ici.
Impossible que quelqu’un nous trouve à cet endroit. Je me demande même si cet hôtel était renseigné sur internet. Nous aurions pu y rester cachés des jours entiers sans que personne ne nous recherche.
Si Marc ne s’était pas garé dans un petit parking à ciel ouvert entouré de grandes haies de plus de trois mètres de haut, je crois que nous serions passés devant sans le voir.
La bâtisse était noyée au milieu de maisons mitoyennes quelconques. Pas de grande enseigne lumineuse, juste une façade à front de rue recouverte de plantes grimpantes, et quelques marches en pierre naturelle qui menaient à une porte d’entrée en bois sans fenêtre.
Nous entrâmes dans un étroit couloir éclairé par des lumières tamisées. Tout au fond, dans le dos de l’imposante hôtesse d’accueil derrière son comptoir, un tableau à clous où pendaient les clés des chambres. Celle-ci, qui devait aussi être la patronne, nous accueillit chaleureusement, avec beaucoup de classe.
Etant donné la couche de saleté qui me recouvrait et mes vêtements dépareillés, elle aurait pu, à juste titre, nous refuser l’entrée. Elle n’en fit rien, marque d’une très grande politesse.
En nous guidant jusqu’à la chambre, elle avait dû sentir à quel point j’empestais, il ne pouvait en être autrement, et j’en fus vivement gênée. Je restai quelques pas en retrait d’eux et poussai un profond soupir de soulagement lorsque la porte se referma sur nous.
La chambre était exiguë et la décoration devait dater d’avant l’invention du CD. Pourtant, elle était confortable et il y régnait une agréable chaleur. Un seul lit, recouvert d’un plaid en laine de couleur vive, suffirait puisque Marc précisa immédiatement qu’il ne dormirait sans doute pas. La salle de bain était propre.
La salle de bain !
Pour la première fois depuis mon réveil, une éternité me sembla-t-il, je pouvais me laver et faire disparaître cette odeur âcre de sang séché qui me collait à la peau.
Apercevant le miroir dans la pénombre, les images de mon rêve me revinrent immédiatement à l’esprit. Mon reflet était-il toujours celui d’une morte ? Je me rendis compte à ce moment qu’en fait, je n’en savais rien. Je ne m’étais pas vue depuis ma renaissance.
La main mal assurée, je pressai l’interrupteur. Le néon hésita avant de s’allumer au prix d’un grand effort. Cela me servi d’excuse pour ne pas entrer tout de suite.
D’un pas incertain, je pénétrai dans l’antre de mes peurs.
Mais je fus plus ou moins réconfortée.
J’avais toujours l’air livide, mais mises à part la crasse et la tempête qu’avaient essuyée mes cheveux, le cadavre de mon rêve avait disparu … pour l’instant. Car sans doute serait-ce pourtant le cas d’ici quelques mois … comme ma mère. Le réconfort fut dès lors de courte durée.
—Je vais nous chercher à manger, dit Marc, en me faisant sursauter devant le miroir. Oh, pardon ! Je ne voulais pas te faire peur.
Je signais non de la tête, ce n’était pas grave, j’avais seulement les nerfs à fleur de peau.
—Tu sais, continua-t-il, tu peux essayer ton don sur moi. (Je ne compris pas et fronçai les sourcils.) Parler par la pensée, clarifia-t-il. Cela fonctionnera peut-être avec moi aussi et cela nous permettrait de communiquer.
—Comment pourrais-tu savoir pour mon don ? dis-je sans espoir qu’il m’entende.
—Parce que je t’ai observée avec ta mère, ...
Je sursautai, butant contre le meuble, surprise qu’il m’ait entendue. Un échantillon de savon tomba, me faisant frémir à nouveau.
—… je vous voyais converser sans ouvrir la bouche, avoua-t-il avec un léger sourire.
—Converser ? Mais qui parle encore comme ça aujourd’hui, à part dans les livres.
—Je te l’ai dit, cela fait longtemps que je suis comme toi et ceux qui m’ont élevé parlaient encore comme cela.
—Ceux qui t’ont élevé ? Pourquoi ne dis-tu pas simplement tes parents ?
—Tu comprendras plus tard que c’est un peu plus compliqué que cela. La relation que nous entretenions dans la famille n’était pas … comment dire … des plus communes. Je t’expliquerai tout en temps utile. A présent, il me faut aller chercher à manger.
J’opinai du chef et, après m’avoir lancé un sourire ravageur, il quitta la chambre. Sa façon de parler un peu précieuse me faisait également craquer.
Mais il était aussi vraiment étrange, fournissant des réponses qui amenaient plus d’interrogations encore. J’espérais vivement que les choses m’apparaissent plus claires, qu’elles soient positives … ou négatives.
Je me retournai vers le miroir, laissant pour l’instant de côté ces considérations somme toute futiles et observai à nouveau mon reflet livide.
M’y ferais-je un jour ?
Sur le bord du meuble, une brosse bon marché menaçait de tomber, poussée par un gobelet en plastic dans son emballage transparent. Je la saisis et entrepris de me coiffer … mais il faudrait une douche pour espérer démêler ma broussaille.
Sur le rebord de la baignoire, deux échantillons de shampoing entouraient un savon. L’hôtel était vieux, mais le service était correct.
J’enlevai mon pull et le pliai soigneusement sur le tabouret malgré son état. Il m’avait été offert par le jeune de la cité dont je ne connaissais même pas le nom. C’était le seul geste amical et désintéressé à mon intention depuis mon réveil et dans ma situation, cela lui conférait une valeur particulière. J’espérais du fond du cœur avoir l’occasion d’aller le lui rendre et le remercier. Pour l’instant, dans l’inconnu de ce quotidien, rien n’était moins sûr.
Affublée d’un top ensanglanté, j’étais vraiment effrayante, et la lumière pâle du néon n’arrangeait rien. Je l’enlevai avec empressement et le jetai dans la poubelle. Mon corps était resté le même, simplement plus grisâtre et légèrement marbré, mais mes formes étaient identiques.
Je retirai la jupe qui me collait au corps après plusieurs jours sans l’avoir ôtée. Elle était clairsemée de taches bordeaux, certainement dues au massacre dans la boite de nuit.
Je revis, comme des flashes, ces images immondes de violence et de sang, entendant encore au fond de moi les cris de peur et de douleur. Les chasser de mon esprit d’un mouvement sec de la tête ne servit à rien. Elles étaient déjà moins nettes qu’au premier jour, mais latentes malgré tout …jusqu’à l’instant où elles resurgiraient dans toute leur horreur.
Je terminai de me déshabiller et entrai dans la baignoire. Il n’y avait personne mais je tirai malgré tout le rideau à fleurs. L’eau était chaude et me procurait une incroyable sensation de bien-être. Jamais je n’aurais pu imaginer une douche aussi bienfaisante, mais après plusieurs jours d’activité intense, ensanglantée, elle me parut libératrice.
J’avais l’impression qu’elle me décrassait de toutes les atrocités commises ces derniers jours. Le savon diluait facilement le sang et devint, l’espace d’un instant, un ami proche … mon précieux.
Je souris à cette pensée.
Lorsque ma main effleura mon sexe, elle dévoila une sensibilité exacerbée. J’en sursautai presque. Un simple effleurement accéléra ma respiration et fit naître une incroyable envie.
J’avais tellement besoin d’un moment d’évasion.
J’insistai, accélérant mon rythme cardiaque et intensifiant encore ma respiration. Un simple contact n’avait jamais été si libérateur de sensation, si bien que je finis par ne plus rien contrôler … accentuant mon geste.
Alors que j’arrivais à peine à tenir encore debout, une main contre le mur, la jouissance se transforma soudain en faim et la douleur et la colère resurgirent intensément. Un volcan de souffrance m’envahit et me fit presque perdre l’équilibre.
D’un coup sec, j’écartai le rideau et sautai hors de la baignoire, manquant de glisser et de m’étaler de tout mon long. Le souffle court, chaque muscle de mon corps me torturait à nouveau.
Je tombai à genoux.
Je n’avais qu’une envie, manger de la chair humaine et boire du sang ! Les images des massacres des jours précédents me revinrent à l’esprit et plutôt que de m’effrayer, elles décuplèrent encore mon envie, me faisant presque saliver. Je voulais que la douleur cesse et que la faim s’en aille … et surtout qu’elles ne reviennent jamais.
Pendant plusieurs minutes, je luttai contre l’envie de sortir de la chambre, même nue, et d’attaquer la première personne qui croiserait mon chemin.
Assise en chien de fusil sur le carrelage froid, j’attendais le retour de Marc.
En rentrant, il m’aperçut immédiatement, déposa en catastrophe ses courses sur la petite table semi-circulaire accrochée au mur et saisit la couverture sur le lit pour m’envelopper et me serrer dans ses bras.
La faim disparut, emportant avec elle la colère et la tristesse. Je me sentais à nouveau bien. Comment pouvait-il provoquer cela chez moi ? Je voulais qu’il ne me quitte plus pour que cette faim ne revienne jamais. Je me sentais si bien à ses côtés.
—Je t’ai apporté de nouveaux vêtements, dit-il avec détachement sans retirer ses bras.
—Je me fiche des vêtements, je veux rester près de toi. Quand tu es là, je n’ai plus faim et je ne suis plus en colère. Mais il a suffi que tu partes pour que tout revienne. (Je me mis à pleurer.) J’irai où tu veux, mais je veux que tu restes près de moi, je ne veux plus vivre dans une souffrance permanente et risquer à tout moment de tuer des gens de manière atroce. Je ne veux plus …
—C’est mon don, dit-il soudain si froidement.
—Quoi ?
—C’est mon don. Toi, tu peux parler par la pensée et moi, je rassure les gens et leur permets de ne plus avoir faim.
—Ton don est formidable.
—Pour les autres, oui, mais pour moi, il est bien inutile.
—Ce n’est pas inutile de rassurer les gens ?
—C’est un point de vue.
—Tu regrettes d’être là ?
—C’est ma mission, dit-il en retirant ses bras pour se relever, me laissant à même le sol. Je devais te sauver.
Une intense déception m’envahit. Sans doute avais-je espéré plus, quelqu’un qui me dise que j’étais vivante et que j’étais importante à ses yeux. Cela m’aurait redonné du courage.
Mais il n’en fit rien.
Je me relevai à mon tour, relevant la couverture sur mes épaules. Sa soudaine froideur et sa distance m’incitèrent à changer de sujet.
—Tu as des vêtements pour moi, as-tu dit?
—Oui, dans le sac sur la petite table.
Malgré l’heure tardive, je me moquais de savoir comment il avait fait pour se procurer des vêtements aussi vite. J’étais simplement heureuse de pouvoir en changer. Il avait bon goût … et le coup d’œil ! Tout m’allait à la perfection. Une femme avait dû l’aider d’une manière ou d’une autre, un homme aurait été incapable d’une telle prouesse.
Je souris à cette idée.
Un complet de maquillage dans le fond du sac termina de me rendre le sourire. Mais subitement, je réalisai ce qu’il en était exactement.
Je n’étais pas la première !
Ils avaient l’habitude d’aider des gens et leur système était bien rôdé. Il ne pouvait en être autrement. Nous étions nombreux, c’est ce qu’il avait dit dans la ruelle. Pourtant, je n’avais vu personne. Leur discrétion était remarquable.
Je m’enfermai dans la salle de bain et n’en sortis qu’une fois douchée rapidement, habillée et maquillée.
—Waw, s’exclama-t-il. Tu as l’air …
—Normale ?
—Oui, normale. Tu te débrouilles bien avec le maquillage, tu as l’air humaine.
Nos regards se croisèrent et restèrent un instant figés l’un dans l’autre.
—Viens, j’ai autre chose pour toi, finit-il par dire pour briser ce moment gênant. Assieds-toi.
—Je n’ai pas très faim, dis-je en regardant un yaourt et un cube de jus posé sur la table, et en plus on ne peut plus manger ces choses-là.
Mais il ne m’écouta pas vraiment.
—Si je n’exerce plus mon pouvoir sur toi, la faim et la douleur vont revenir, et tu connais le seul moyen de les faire disparaître. (Je cédai à nouveau à la peur, ne voulant plus souffrir, plus jamais !) Bien sûr que tu le sais. Mais il existe un substitut. Ce n’est pas très bon, mais ça fait exactement le même effet que le sang et la chair humaine. Tu veux essayer ?
—Ai-je le choix ?
—On a toujours le choix.
—Tu parles ! Comment vais-je savoir que cela fonctionne réellement et que ce n’est pas toi avec ton don.
—Je n’ai aucune raison de te mentir. Tu le découvrirais tôt ou tard quand je ne serai plus auprès de toi.
Comment ça plus auprès de moi ? Je ne voulais pas qu’il parte. Il devait rester pour m’empêcher d’avoir faim, d’avoir mal et surtout … d’avoir peur.
Un instant plus tard, la faim s’insinua en moi tel un serpent progressant vers sa proie. Je ne m’étais plus nourrie depuis des heures et je savais que, bientôt, elle prendrait le dessus sur toute autre sensation. Puis la douleur m’enlèverait toute capacité de retenue, m’incitant à me jeter sur le premier humain à ma portée.
Désormais, la peur était intimement entrelacée avec la faim. Les deux croissaient en moi, s’alimentant mutuellement, et je ne pouvais rien y faire. Je sentais la sueur poindre sur mon front et s’insinuer, froide, dans mon dos.
Je n’avais dès lors d’autre choix que de faire confiance à Marc.
Lisant l’inquiétude dans mes yeux, il sourit discrètement et pointa le substitut de nourriture sur la petite table.
Cette fois, il n’utilisa pas son pouvoir sur moi pour me rassurer afin de m’inciter à me nourrir. Je devais faire ce choix moi-même … ce choix … Tu parles !
Je saisis le jus et y plantai la paille.
—Est-ce du sang ?
—Non. Et le yaourt n’est pas de la chair humaine broyée. Ce ne sont que des produits synthétiques infâmes, mais ils nous permettent de ne pas devenir des assassins hors de contrôle comme tu l’étais ou comme le sont les zombies que nous créons.
Vu comme ça, cela valait la peine de tenter le coup. La douleur de la faim montante balayèrent tout reste d’hésitation, j’aspirai doucement le liquide insipide.
Je craignais la brûlure comme la nourriture que June m’avait donnée mais ce ne fut pas le cas. Elle laissait seulement une sensation salée désagréable dans la gorge. Par contre, la douleur s’estompa rapidement et un vif sentiment de soulagement m’envahit.
Je jetai un sourire approbateur à Marc en reprenant confiance. Il me le rendit.
Je saisis ensuite le yaourt et l’ouvris avec beaucoup moins d’appréhension que le jus. Marc me tendit une petite cuillère. En quelques bouchées, la faim disparut complètement, emportant la peur avec elle et laissant la place à une réconfortante vague d’euphorie.
Je n’avais plus faim !
Je n’avais plus mal !
Et seul persistait un faible sentiment de stress, résidu d’une colère qui n’avait plus de raison d’être. Et ça, je pouvais le gérer.
—Merci, merci infiniment, pulsai-je mentalement vers lui.
—Ne me remercie pas, tu es des nôtres à présent, tu n’auras plus jamais à t’inquiéter de cela tant que tu seras à nos côtés.
—Tant que je serai à vos côtés ? … Je me doutais qu’il devait y avoir une contrepartie.
C’est toujours la même chose. Qu’allais-je devoir faire ? Du trafic de drogue, tuer des gens ou devenir leur esclave … bon d’accord, cette dernière option semblait un peu exagérée et sans doute notre culture cinématographique influençait-elle mes pensées.
—Non, dit-il en riant. Rien de monstrueux, rassure-toi. Nous ne sommes pas de cet acabit. Nous sommes une relativement grande communauté et nous subvenons simplement au besoin les uns des autres. Nous avons des tâches différentes et chacun y participe à sa manière. Tu te doutes bien que notre nourriture ne se fabrique pas toute seule et, en plus, nous devons le faire à l’insu des humains. Cela demande donc d’énormes précautions et une logistique très précise. Tu choisiras ce qu’il te plait et pour t’aider, nous te ferons des propositions. (Il me mit une main sur l’épaule) D’ici peu, j’espère que tu nous feras confiance. Tu verras que ta vie en sera facilitée et tu pourras en savourer les avantages.
—Les avantages ?
—Bien sûr, aurais-tu déjà oublié que tu es à présent quasiment immortelle. Ça ouvre pas mal de perspective.
—C’est vrai, on en a souvent parlé en riant avec June en regardant tous ces films sur les vampires et … June ! Mon dieu, que va-t-il lui arriver ?
—Tu ne dois plus penser à elle, dit-il en s’enfonçant dans sa chaise, elle n’est plus de ton monde.
—Mais que va-t-elle devenir ? J’ai tué sa mère, moi, sa meilleure amie, jamais elle ne s’en remettra.
Il resta silencieux et ses yeux trahirent une pensée dérangeante. Je ne savais pas ce que c’était, mais j’eus l’impression qu’un nuage noir flotta derrière ses yeux, c’était une sensation très étrange.
—Que se passe-t-il ? On dirait qu’il y a quelque chose que tu ne veux pas me dire … ou ne peux pas me dire. (Il hésitait) Dis-moi, je t’en supplie ! Qu’y a-t-il avec June ? Est-elle en danger ?
—J’en ai peur, avoua-t-il, après quelques interminables secondes de silence. Elle sait pour nous et j’ai peur que de ce fait elle soit condamnée.
Ses paroles me transpercèrent le cœur plus mortellement qu’une flèche empoisonnée. Ma visite à June n’avait pas seulement gâché sa vie, j’allais être responsable de sa mort. Je ne pouvais accepter une telle idée et si je ne pouvais réparer l’atrocité que j’avais commise, je pouvais … je devais ! … au moins tenter de lui sauver la vie.
—C’est impossible ! Nous devons la sauver ! Elle ne peut pas mourir, pas par ma faute en tout cas, je ne pourrais jamais me le pardonner.
—Et pourtant, il n’y a rien que nous puissions faire. Elle est certainement déjà morte, les autres familles sont très puissantes, bien plus puissantes que nous. On ne peut pas prendre ce risque …
—Peu m’importent les risques ! (J’avais l’impression de hurler en me levant de ma chaise … mais mentalement, cela n’avait pas la moindre signification) Si je dois mourir pour la sauver, ce ne serait que justice après ce que j’ai fait.
—Je comprends, dit-il calmement en croisant les jambes, mais il n’y a rien que nous puissions faire.
—Alors j’irai la sauver moi-même !
Ma phrase à peine terminée, j’arrivais déjà à la porte de la chambre, bien déterminée à ne pas laisser ma meilleure amie se faire assassiner. Lorsque ma main s’enroula autour de la poignée de la porte, Marc m’arrêta.
—Attends. Si nous y allons, nous sommes morts aussi. Ils sont plus nombreux et plus fort que nous … Je … Je vais essayer de convaincre notre baksicar, notre chef en quelque sorte, de t’aider. S’il envoie une dizaine de sicars, peut-être pouvons-nous encore la sauver. Mais je crains son refus.
Je ne savais pas ce que le mot sicar signifiait mais j’imaginais qu’il devait s’agir d’une sorte de soldats.
—Pourquoi ?
—Parce-que cela voudrait dire risquer la vie de plusieurs pour quelqu’un qui n’a rien à voir avec nous.
—S’il refuse, j’irai moi-même et ce ne sera plus la peine de chercher après moi, je ne vous rejoindrai jamais.
—Tu te méprends sur beaucoup de choses. Tu n’es pas quelqu’un d’important que nous cherchons à récupérer à tout prix, tu es juste une des nôtres que nous essayons d’aider, et même pas encore une sicar. Si tu refuses notre aide, nous ne te retiendrons pas. Faire du chantage n’a, dès lors, aucune chance d’aboutir, les Delarivière ne fonctionnent pas comme ça.
—Alors comment fonctionnent-ils ?
—Nous nous entraidons … volontairement.
—Je croyais que je n’étais qu’une mission pour toi, dis-je froidement.
—Une mission que j’ai librement acceptée, dit-il sèchement avant de s’adoucir, et que je suis heureux de remplir pour t’aider. Mais si d’aventure, tu devais exiger des choses de nous au lieu de t’intégrer à notre groupe, je te laisserais tomber sur le champ et sans le moindre remord. Il n’y a pas de place chez nous pour les filles à papa capricieuses, cela nous mettrait en danger. (Il m’avait vexée, le bougre, mais ça fonctionnait) Alors laisse-moi le temps de passer un coup de téléphone avant de prendre une décision définitive. C’est d’accord ?
—Oui, pulsai-je vers lui, après une courte réflexion.
—Asseyons-nous.
Il prit son portable dernier cri et fit glisser son doigt sur l’écran. Quelques sonneries plus tard, quelqu’un décrocha.
—C’est Marc, dit-il pour toute présentation, j’ai le contact, mais nous avons un souci.
Lorsqu’il eut fini d’expliquer la situation, il s’ensuivit un long moment de silence. Il mit sa main sur le micro et me parla tout bas.
—Ils en discutent, c’est bon signe. (Je sentis mes muscles se détendre.) Mais il leur faudra encore trouver des volontaires.
—Et cela posera problème ?
—Pour sauver une future sicar comme toi, non, ils devraient même en refuser. Mais pour une humaine, c’est plus compliqué. Rassure-toi malgré tout, ça s’est déjà vu. Il y en a parmi nous qui sauteraient sur n’importe quelle mission qui leur permet de se défouler un peu.
—Je l’espère.
Quelques secondes plus tard qui me parurent une éternité, il signa oui de la tête avec un sourire. Mon cœur se libéra du couteau qui y était planté.
—Merci, merci infiniment.
—C’est la deuxième fois en peu de temps que tu me remercies infiniment alors nous allons nous mettre d’accord sur une chose. Si tu dois nous remercier à chaque fois que nous t’apporterons quelque chose, tu ne t’arrêteras pas une seconde pendant l’année à venir. Un petit signe de tête sera suffisant pour tout le monde. C’est d’accord ?
Je signai oui de la tête, il sourit.
—Quand June nous rejoindra-t-elle ?
—Pas tout de suite, il serait trop risqué d’avoir deux rapatriements sur le même trajet en aussi peu de temps. Nous devons être très prudents pour ne pas dévoiler notre cachette aux Familles. June, … s’ils arrivent à temps, car n’oublie pas que rien n’est moins sûr, … sera emmenée dans un autre manoir dans la direction opposée et (il leva la main pour m’empêcher de poser ma question suivante) il te faudra patienter un certain temps avant de pouvoir la retrouver, peut-être des semaines.
—Pourquoi ?
Il se leva et marcha jusqu’à la fenêtre où il contempla un instant les lumières de la ville, au loin.
—Je ne sais pas où elle sera emmenée et nous n’établirons aucune communication pour le savoir. C’est le prix de notre sécurité. Sur ce point, il va vraiment falloir que tu me fasses confiance. Mais d’ici un mois environ, elle sera rapatriée vers nous, lorsque le lien ne pourra plus être fait avec toi.
—Un mois ?
—Je suis désolé, mais notre vie à également ses mauvais côtés. Pense aux volontaires qui quittent leur maison pendant un mois pour une inconnue qui n’est même pas une sicar. Le sacrifice est bien plus grand.
—Je comprends, pardon.
—Prie pour ne pas avoir de nouvelle avant un mois.
—Pourquoi ?
—Les nouvelles ne pourraient être que mauvaises.
—Très bien, j’attendrai.
—Maintenant repose-toi, tu en as bien besoin.
—Avons-nous besoin de dormir ? Depuis deux jours, je n’ai pas fermé l’œil et je ne suis pas fatiguée.
—Si, nous en avons encore besoin mais moins que les humains. Si tu tiens encore pour l’instant, c’est uniquement sur l’adrénaline. Dormir permet aussi de passer un peu de temps sans ressasser les mêmes sempiternelles questions du début de la vie de sicar. Plus tard, tu pourras t’en passer, mais là, crois-moi, ça te fera un bien fou. (Je signai oui de la tête) Je monte la garde, tu n’as rien à craindre.
Il fit face à la fenêtre et ne se retourna plus tandis que je m’allongeais sur le lit. Sa présence était réconfortante, même lorsqu’il n’utilisait pas son pouvoir. A mes yeux, il toisait le monde extérieur comme un avertissement. N’essayez pas d’entrer, je veille, semblait-il dire. Quelle que puisse être votre tentative, elle ne pourrait vous mener qu’à la mort. Un roc inébranlable veillait sur moi.
Je m’endormis facilement en pensant à lui.
Quelques heures plus tard, il me réveilla en douceur alors que la nuit n’était pas encore terminée. Le ciel était d’une clarté cristalline sous l’intense lumière argentée de la pleine lune. Les étoiles scintillaient avec une netteté incroyable. C’était la première fois, me semblait-t-il, que je les voyais de la sorte.
Ma vie prenait un nouveau tournant et je voyais les choses bien différemment. Beaucoup de ce qui me semblait insignifiant, il y a peu, prenait à cet instant une toute autre saveur. Peut-être que ma nouvelle vie allait en valoir la peine, malgré tout, qui aurait pu l’affirmer ? J’essayais tout du moins de m’en convaincre.
Il me prévint de fermer les yeux avant d’allumer puis, lorsque je m’habituai enfin à la lumière, il était assis devant le lit, l’air sévère.
—Pourquoi m’avoir réveillée en pleine nuit ? demandai-je mentalement. Je croyais que je devais me reposer.
—Trois heures sont suffisantes pour te libérer un peu l’esprit. A présent, il nous faut nous mettre en route. Il y a quelque chose que nous devons faire avant de rejoindre les autres et cela ne peut être fait que de nuit.
—Pourquoi ?
—Nous allons au laboratoire où les sérums sont fabriqués. Là, nous prendrons celui qui te rendra ton apparence humaine.
—Un sérum ?
—Oui. Lorsque je t’ai accostée dans la rue, je t’ai dit que nous avions le moyen de te rendre ton apparence humaine. Eh bien, c’est grâce à un sérum relativement similaire à celui que ton père a mis au point pour te redonner vie. Tu n’auras dès lors pratiquement plus besoin de maquillage … sauf pour ton plaisir naturellement.
—Pourquoi y aller en pleine nuit, tout sera fermé ?
—Nous ne voulons pas ébruiter trop vite ton existence. Comme je te l’ai dit, nous devons rester aussi discrets que possible dans nos mouvements et éviter que trop de gens ne soient au courant pour l’instant, même dans notre communauté. Et comme tu es encore novice, que tu ne connais pas tous nos protocoles, la nuit reste notre meilleure couverture.
—Je comprends.
—Tu es prête à me suivre ? (J’acquiesçai d’un signe de tête) Alors, allons-y. Le reste de tes vêtements est sur la table. Habille-toi pendant que j’efface toute trace de notre passage … surtout tes anciens vêtements pleins de sang.
Il alla ramasser mes guenilles ensanglantées et mit le tout dans son sac à dos. Lorsqu’il revint dans la chambre, j’étais habillée.
—Le pull, j’aimerai le garder, lui dis-je mentalement lorsqu’il revint.
—Pourquoi ?
—En souvenir des jeunes qui m’ont aidée lorsque j’en avais besoin.
—C’est d’accord, je le mettrai de côté.
Le pas plus sûr que quelques heures auparavant, je passai devant la concierge toujours à son poste en lui adressant un salut et un sourire amical.
Quelques minutes plus tard, nous étions à deux rues du laboratoire. La nuit s’effacerait dans deux ou trois heures et les employés ne tarderaient pas à arriver. Nous parcourûmes les deux rues à pied, nous fondant dans l’ombre des bâtiments malgré la noirceur nocturne.
Cela me ramena quelques heures en arrière, alors que je m’échappais des griffes de ma mère. Une tension me saisit la poitrine et la peur s’insinua dans mon ventre. J’avais espéré en avoir fini avec tout cela … mais je m’étais trompée.
Lorsque nous arrivâmes devant une porte sur le côté du grand bâtiment, il m’indiqua une plaque accrochée au mur.
—Prête à faire la preuve que tu es des nôtres ? me demanda-t-il en souriant.
A l’approche de ma main, la plaque coulissa pour dévoiler un écran d’ordinateur. Je reculai instinctivement le bras. On se serait cru dans un film d’espionnage. Je posai la main sur l’écran. Je l’imaginais s’allumer, une ligne verte scannant ma main … mais au lieu de cela, je ne ressentis qu’un léger picotement. Ce n’était pas vraiment agréable mais comme cela ne faisait pas mal, je maintins la position.
Je sursautai au claquement sec de la gâchette de la porte. Marc la poussa immédiatement. Malgré la pénombre, je pus voir le large sourire qu’il affichait, il était manifestement satisfait.
—Ceci est la preuve, dit-il tout bas en entrant dans le bâtiment, que tu es des nôtres, tu es une véritable Delarivière. C’était la dernière chose dont nous avions besoin pour t’autoriser à avoir accès au sérum. A présent, ta nouvelle vie peut commencer.
Ses paroles étaient douces à mon cœur, comme si je venais de retrouver une famille que je n’avais plus depuis près de deux ans, depuis la mort de ma mère.
Je me demanderais sans doute jusqu’à la fin de mes jours pourquoi mon père ne m’avait jamais parlé de ma famille au sens large, et je continuerais à imaginer que c’était à cause de ce secret qui l’entoure. Mais cela ne revêtait plus qu’une importance mineure. Le testeur ADN venait de donner la preuve que je n’étais pas seule et que ma famille était là pour me soutenir. A l’instant, c’était pour moi tout ce qui comptait.
Le temps de me réjouir, quelques couloirs et escaliers plus loin, nous arrivâmes devant une porte vitrée. Derrière, une grande pièce et des armoires plongées dans une lumière d’ambiance bleuâtre.
D’un signe, souriant à nouveau, Marc m’invita à apposer la main sur le détecteur. Je m’exécutai avec plaisir, comme une enfant ouvrant un cadeau d’anniversaire, vérifiant, si c’était encore nécessaire, que ma nouvelle famille m’accueillait à bras ouverts … et ce fut le cas. La porte coulissa. Marc entra sans tarder.
Dans la pièce, tout était rangé dans des vitrines, chaque produit étiqueté clairement.
Pendant le trajet en voiture, il m’avait parlé de deux sérums.
Un bleu pour ressusciter et un rouge pour relancer l’activité corporelle et arrêter la décomposition de notre corps mort.
Nous devions donc trouver une fiole ou une éprouvette avec un liquide noirâtre étant donné la lumière d’ambiance bleue. Nous les trouvâmes facilement dans la deuxième partie de la pièce.
—Alors, prête à ressembler de nouveau à une vrai jeune fille ?
J’acquiesçai frénétiquement oui de la tête. J’étais tellement excitée que je n’arrivai même pas à lui pulser une pensée. Mais avec l’excitation, la peur réapparut, la peur de l’inconnu. J’allais boire un produit dont les effets étaient finalement on ne peut plus extrêmes et même si, en l’occurrence, je n’avais plus rien à perdre, cela ne diminuait pas la crainte.
Je bus la fiole, cul-sec. Elle avait un léger goût sucré assez agréable. Je m’attendais à ressentir des effets, mais rien ne se passa.
—C’est bien, me dit-il tout bas, partons à présent, il ne faut pas s’éterniser ici.
—C’est tout ? Alors c’est fait. Comme ça, simplement ?
Il ne répondit pas, se dirigeant déjà vers la sortie.
Waw, il fallait vraiment que j’arrête de paniquer pour rien. Toute tension venait de me quitter d’un coup et je poussai un large soupir de soulagement qui ressemblait toujours à un râle macabre. Il me semblait que rien n’avait changé. Combien de temps faudrait-il pour que je retrouve un corps normal et que je puisse à nouveau parler ? Pas trop, j’espère.
Un instant plus tard, nous étions de retour à la voiture, Marc avait pressé le pas. Sur le moment, je ne compris pas pourquoi il se dépêchait tant, regardant souvent sa montre. Je suivais machinalement sans le ralentir. Euphorique, je ne m’inquiétais plus vraiment. Marc venait de me redonner une famille, et, grâce au sérum, une vie presque normale. Peut-être allais-je pouvoir un jour retrouver June et recommencer notre vie d’avant. Qui sait ? Même retourner à l’école ! Je n’aurais jamais cru dire cela un jour, mais cette vie banale me manquait. Cette vie où les problèmes les plus importants sont finalement si dérisoires. Peut-être …
Il ne me restait plus qu’à attendre que le sérum fasse son effet.
—Est-ce que tu me fais confiance ? me demanda-il alors que nous venions d’entrer dans la voiture.
—Oui, bien sûr. Pourquoi ?
—Je vais devoir t’attacher au siège, dit-il en regardant encore une fois sa montre.
—Hein ? Mais …
—Ta transformation va commencer dans une minute … et ce sera douloureux. (Il put lire la panique instantanément dans mes yeux) Non, n’aie pas peur, c’est normal, c’est juste un mauvais moment à passer.
Mais je ne voulais pas, je ne voulais plus jamais ressentir de douleur, j’en avais déjà trop ressenti ces derniers jours, plus que de raison à vrai dire. Je la voulais aussi éloignée de moi que possible. Les larmes voilèrent mon regard et je me collai contre la porte de la voiture comme pour m’éloigner de lui.
—Je t’en prie, insista-t-il, c’est pour ton bien. Crois-moi, il vaut mieux t’attacher … et tu devrais mordre là-dedans.
Il me tendit un morceau de caoutchouc dur qui ressemblait à un os pour chien. Des larmes coulaient sur mes joues tandis que la peur m’envahissait à nouveau. Qu’avais-je fait ? Pourquoi avais-je bu ce sérum sans même chercher à me renseigner ?
Je signais non de la tête, non que je ne veuille pas lui faire confiance, mais parce que je refusais l’idée d’avoir mal à nouveau, je paniquais.
—Plus de douleur … jamais … je t’en supplie.
—Désolé, c’est le prix de ta nouvelle vie. Cela ne dure qu’une minute mais, je ne te mentirai pas, ça te paraîtra une éternité. Par contre, je peux t’assurer qu’après, tu n’auras plus de raison de souffrir. Tout cela sera derrière toi. Prends-le, insista-t-il, en me tendant le morceau de caoutchouc.
Mais je signais inlassablement non de la tête contre la douleur à venir, j’avais peur, j’étais terrifiée.
Soudain, une intense chaleur consuma mon ventre. J’y apposai les mains pour tenter de la calmer et regardai Marc, paniquée, en larmes. Tristement, il déposa l’os sur la console centrale et sortit de la voiture.
—Non ! Ne me laisse pas ! Qu’est-ce qui m’arrive ?
—Je suis désolé, donna-t-il pour toute réponse.
La portière claqua.
A l’aide de sa télécommande, il verrouilla les portes. Pourquoi faisait-il cela ? J’actionnai frénétiquement la poignée et poussai le bouton de la vitre de mon côté, puis du sien … rien. J’étais bloquée !
J’entrai dans une panique incontrôlable, frappant la vitre et le pare-brise en hurlant. Je les frappai si fort qu’ils auraient dû se briser sous ma nouvelle force, mais ils tinrent bon. Cette voiture n’était pas normale, tout avait été prévu pour … subir une transformation !
Je frappai si fort que du sang coula aux jointures de mes doigts.
Marc me regardait tristement. Je l’implorai encore une fois de me libérer mais il n’en fit rien. Je lus sur ses lèvres « Je suis désolé » puis il se retourna pour ne plus me voir, la tête basse.
J’étais piégée !
Une violente décharge me secoua brusquement la colonne vertébrale, provoquant un spasme qui me cambra à m’en briser les os. La douleur fulgurante, plus forte que tout ce que j’avais ressenti jusque-là, toute la douleur du monde, se concentrait en une fois dans mon dos comme une violente électrocution.
Le dossier de mon siège s’effondra sous le choc et je me retrouvai allongée. La douleur disparut aussi vite qu’elle était venue, me laissant sans force.
Je respirais fort.
La seconde suivante, un nouveau spasme me tordit. Mon bassin se braqua presque jusqu’au plafond de la voiture et mon bras heurta violemment le montant renforcé des portes. Les os de mon poignet se brisèrent comme du verre. Une douleur insupportable me parcourut le bras.
Je ne contrôlais plus rien. Je n’arrivais même pas à ramener le bras contre moi pour tenir mon poignet.
L’intervalle entre les spasmes devint de plus en plus court et ils étaient de plus en plus violents, ne me laissant que de faibles répits.
La voiture était secouée dans tous les sens.
Les secondes s’écoulaient lentement et chaque décharge semblait durer des minutes entières. Je me brisai successivement, le bras, une jambe et le bassin, mais cette douleur n’était rien comparée à celle qui me transperçait la colonne vertébrale à chaque convulsion.
Mes râles d’agonie déclinèrent progressivement et ma gorge semblait se délier. Finalement, je hurlai toute ma douleur dans cette voiture parfaitement insonorisée.
Mes muscles se tendaient à se déchirer et ne trouvaient plus le temps entre deux spasmes pour se relâcher, tout mon corps n’était plus qu’une énorme crampe de douleur.
Je m’épuisais, perdant peu à peu l’envie de me battre, mais les spasmes n’en devenaient pas moins puissants. Pleurer ne m’était même pas possible. Je n’étais plus qu’une poupée de chiffons, agitée par une fillette peu scrupuleuse, à la limite de la perte de conscience.
Puis les spasmes diminuèrent d’intensité et finirent par disparaître complètement.
Je me retrouvai couchée, le torse sur la banquette arrière et les jambes sur le siège, la tête courbée contre la portière. La douleur de mes multiples fractures se réveilla, mais la force de m’en soucier m’avait quittée.
Une larme coulait le long de ma joue sans que je l’aie commandée ; mon corps agissait seul, je n’étais plus capable de rien.
Ma vision se brouillait peu à peu.
Mes yeux se fermèrent lorsque la lampe du plafonnier trop forte s’alluma, Marc revint à mes côtés. Cela me rassura, je me sentis partir.
—C’est fini, entendis-je encore dans le lointain. Tu peux te lais… aller à présent, je vais te rame… mi les tiens, nous pren… soin de t…
Et ce fut le noir … enfin !
Voilà, j'espère que vous avez apprécié. Plus que quelques jours de patience pour les amoureux du papier.


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